A propos du CD Er Pasker :
(…) Un album superbe qui donne le sentiment d'une
sobriété recherchée, comme un maître qui trouve la
sérénité… Rencontre.
J-M : " Disons que j'essaie de faire oublier la technique
instrumentale, et même l'instrument puisque ce qui importe finalement,
c'est l'émotion, le contenu émotionnel, le sentiment que j'essaie
de communiquer, alors oui sans doute mon jeu se simplifie, ou plutôt s'épure…
Mais le terme de Maître, c'est trop ! Il m'évoque immédiatement
le monde des musiques classiques orientales -que j'écoute beaucoup- et
des musiques initiatiques en général. Pour ce qui est de la flûte
traversière en bois en Bretagne, toute récente rappelons-le, il
n'y a pas de maître, il n'y a que des élèves, sans maître
! Et j'en fais partie. "
Des complices qui sont aussi des amis sur cet album, comme Jacky Molard, et aussi des musiciens du Trégor comme le vielleux André Maillet…
J-M : " Je connais Jacky depuis longtemps, il est malouin d'origine et moi fréhelois, et nous avons commencé à jouer de la musique à peu près en même temps. Indépendamment de ses extraordinaires compétences en musique et en prise de son, la complicité et l'amitié que nous entretenons ont été des atouts importants pour réaliser Er Pasker. Idem pour les autres invités, avant même que le répertoire du disque ne soit arrêté, j'avais en tête des couleurs et des émotions qui me dictaient la liste des invités et le type d'ambiance que je leur demanderais de créer avec moi. Ensuite tout est allé très vite : peu de prises, peu de re-recording, j'ai vraiment eu du plaisir à enregistrer cet album. "
Parlons un peu de tes flûtes…
J-M : " En fait, je joue surtout sur des flûtes de Chris Wilkes qui est un excellent facteur de flûtes vivant en Angleterre. Mais je joue également sur des flûtes Gilles Léhart en fa, en fa gamme ancienne et en si bémol. Lorsque Gilles a commencé à fabriquer des flûtes, j'allais très souvent le harceler. Il était très patient d'autant que je m'obstinais à modifier moi-même les instruments qu'il me fabriquait à l'aide d'un opinel ou d'une scie, l'horreur totale ! Et puis un ami m'a rapporté cette phrase du grand musicien indien Chaurasia : " N'essaie pas d'améliorer ta flûte, améliore-toi toi-même ", et je crois que j'ai compris : je ne détruis plus mes flûtes. Je vois toujours Gilles Léhart et ma dernière commande est cette flûte en buis dont la gamme est copiée sur des instruments vannetais, on l'entend sur A-Viskoazh. "
Depuis quelques années, particulièrement dans leTrégor, il y a un véritable engouement pour la flûte en bois, y aurait-il en quelque sorte une école Jean-Michel Veillon ?
J-M : " Une école c'est beaucoup dire. Je ne peux évidemment pas nier ma responsabilité sur le fait qu'il y ait beaucoup de flûtistes dans le Trégor, et il est vrai que la plupart se sont inspirés de mon jeu. C'est un peu inévitable puisqu'il n'y avait pas de précédent. Mais je crois franchement que n'importe quel musicien décidant d'adapter la flûte au répertoire breton, et donc s'inspirant directement des traditions existantes (chant, biniou-bombarde, clarinette, etc…), aurait abouti à un type de jeu très semblable à celui que je développe. Quant à l'importance et l'influence d'un musicien local, je pense qu'elle existe depuis toujours et partout, c'est sans doute ainsi que naissent les styles que l'on dit de terroir. "
Cet album se termine par une belle complainte en hommage à Katrien Delavier, une grande harpiste qui était aussi une femme merveilleuse, disparue récemment…
J-M : Je n'ai pas écrit cet hommage, c'est une composition de Katrien elle-même. Nous avions travaillé ensemble en vue d'un disque pour lequel elle invitait trois flûtistes différents, et nous étions très enthousiastes. Ce morceau pour lequel elle n'avait pas de titre devait figurer sur le disque. Je lui ai proposé de l'appeler Disano, ce qui signifie sans nom en breton, et elle a accepté. Mais notre projet a été brutalement interrompu par sa mort. Notre travail commun avait déjà été traversé d'un événement tragique qui m'a profondément marqué et pour conclure Er Pasker, cet hommage s'est imposé à moi. Disano m'évoque à la fois la naissance et la mort. J'ai eu l'impression de le rendre à Katrien.