JEAN-MICHEL VEILLON
Flûtes traversières en bois

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SAX magazine Février 2001 – Article de Claude Ribouillault
PORTRAIT : FLUTE TRAVERSIERE
Jean-Michel Veillon – La science d’un autodidacte

Inventer une manière de jouer, créer en quelque sorte une tradition (de façon modeste et en partie inconsciente) : voilà à quoi est parvenu Jean-Michel Veillon, figure emblématique de la flûte traversière bretonne. L’un des rares instrumentistes français à être régulièrement invité – et admiré - en Irlande.

Jean-Michel Veillon vit dans le Trégor, mais il est issu d’une famille du Cap Fréhel, en pays Gallo. Son père est réputé pour être un chnateur remarquable, mais ce qu’il chante dans les noces vient plutôt de la radio (…). Jean-Michel entre au cercle celtique de fréhel, un des plus anciens de Bretagne. D’abord danseur, il se met à la bombarde. Une révélation : le son de la flûte traversière. Un pion passionné de musique ancienne lui déniche un instrument ancien de marque Holtzapffel, une flûte à une clé, tardive, de 1820. Plus bas que le diapason actuel, il a des problèmes pour jouer avec les autres, mais travaille en autodidacte. Il récupère ensuite une flûte sans clé faite en ilande par un Australien (Bruce Du Vé. Les cinq à huit clés apportent chacune de nouveaux problèmes et de nouvelles joies. Dans cette période où Jean-Michel progresse, les facteurs sont encore rares. Il joue dans Galorn (1979-1982).

Bois de tous feux
Né en 1981, Kornog est dominé par le son des guitares et bozoukis, auquel s’ajoute l’unisson violon-flûte. En fonction des airs retenus ou des flûtes elles-mêmes (avec leurs possibilités et leurs limites), Jean-Michel invente un doigté peu orthodoxe, avec des fourches. Un terrain si peu défriché est un grand espace de liberté mais pose aussi des questions. Les flûtistes en Bretagne sont alors rares (Alan Kloatr et Patrick Molard jouent plus souvent de la cornemuse). De façon paradoxale, dès le début, Jean-Michel est amené à animer de nombreux stages auprès de dizaines d’amateurs tentés par l’instrument et ses sonorités. Au départ purement irlandais, le répertoire s’enrichit d’airs bretons de sonneurs et surtout de chanteurs. Son style puise en ces influences, s’en imprègne, en plus du modèle basé sur le jeu des « pipes ». Dans le groupe (qui tourne beaucoup à l’étranger), les solos de plus en plus nombreux obligent à développer les mélodies et à imaginer des variations. Fin de Kornog en 1987.
Barzaz (1987-1995) l’associe à Gilles Le Bigot, au chanteur Jean-François Quémener, puis à Alain Genty à la basse et David « Hopi » Hopkins aux percus. Citons aussi Den (1989-1992),avec des compositions de Jacky Molard (d’abord au disque, puis à la scène) ; An Tourtan (“Le phare”, vers 1990) dans la mouvance trad’musette & co ; La Celtic procession de jacques pellen (depuis 1994) ; Flûtes de Traverses, créé au CNAT Reims en 1997 (harpe, flûte classique, jazz et trad’, guitare classique et folk, contrebasse, batterie), sur des compositions modales, plutôt contemporaines de Kristen Nogues (une création, pas une fusion au sens habituel) ; débuts de l’Héritage des celtes.
La scène n’exclut pas le jeu pour la danse (premier plaisir, toujours vivvant), depuis 1982/1985, avec des membres de Kornog et de Gwerz : Pennoù Skoulm anime les festoù noz. Fait pour le bal, avec un gros répertoire, le groupe tourne beaucoup mais, atelier de création permanente même sur scène, laisse à chacun une grande liberté ! En 1993, Jean-Michel crée un duo avec un guitariste du Trégor (…) Yvon Riou. Retour au calme, intimiste, et bilan des expériences. Ce groupe réduit se produit dans des festivals où jouent aussi des “classiques”, comme à la Convention de la flûte à Saint-Maur (1997). Ces musiciens devant lesquels il est intimidé, s’inscrivent néanmoins à ses stages, étonnés des questions et des solutions apportées par ce curieux Breton qui ne lit ni n’écrit la musique (à propos de phrasés baroques, d’ornements, d’attitude face à la musique). Un partage enrichissant.

La fièvre du jeu
Dans un domaine sna sprécédents, sans s’arrêter aux jeux de bombarde, de vielle à roue, de clarinette, il faut se forger des références originales. Depuis toujours, Jean-Michel est un auteur avide de France Musique, France Culture et des musiques du monde, notamment les flûtes : ney, shakuhachi et surtout flûte bansuri de l’Inde du nord, à la suite d’un coup de foudre pour Chaurasia. Vers 1994, une flûtiste parisienne lui dit : « Pourquoi ne pas organiser un stage en Bretagne avec un flûtiste indien ? » Il tente le coup (…). Une réussite et une nouvelle révélation. Le flûtiste de delhi, de passage en France, Harsh Wardhan, est revenu plusieurs fois depuis. Tolérant et attentif, il révèle une manière de souffler, une sérénité certaine. « J’apprends à souffler moins fort…Mais c’est surtout mon jardin secret… »

Au sein de nombreux groupes
Aujourd’hui, Jean-Michel Veillon joue toujours (vous l’aurez compris) dans de nombreux groupes : Den, Alain Genty Groupe (depuis 1996), Pennoù Skoulm de temps en temps, Celtic Procession, en Duo avec Yvon Riou (un disque live en Irlande l’an passé, ils jouent beaucoup là-bas), et même u retour de Kornog. Un important agent, Freeman, gardait la nostalgie du groupe et attendait qu’il se reforme. En 1999, les musiciens se laissent tenter par une tournée américaine de cinq semaines, de mi-octobre à fin-novembre. Le disque, déjà paru aux Etats-Unis, sort en France ce mois-ci. Ce sera l’occasion de retrouver l’ensemble mythique sur scène pour une série de concerts en Bretagne. Jean-Michel se produit aussi en solo et, ce qui pourrait bien constituer une direction pour un prochain disque : un duo flûte/chant (avec Laurent Jouin) accompagné par Alain Genty, Dominique molard et “Hopi”.
Les flûtes dont Jean-Michel Veillon joue habituellement sont de plusieurs sortes, toutes en bois. La plupart sont réalisées par Gilles Léhart, un facteur breton du trégor. Certaines sont en si bémol (équivalentes à l’alto) avec un nombre variable de clés (jusqu’à six). Deux sont en fa, à trois ou quatre clés, dont une ne buis avec une gamme non tempérée du pays Vannetais. Il joue aussi de deux flûtes “standard” (dites “concert flutes”) du luthier anglais Chris Wilkes.
La flûte s’est imposée dans les musiques bretonnes et personne ne songerait à la remettre en cause. Les flûtes de bois s’enracinent peut-être plus facilement que les autres.