Inventer une manière de jouer, créer en quelque sorte une tradition (de façon modeste et en partie inconsciente) : voilà à quoi est parvenu Jean-Michel Veillon, figure emblématique de la flûte traversière bretonne. L’un des rares instrumentistes français à être régulièrement invité – et admiré - en Irlande.
Jean-Michel Veillon vit dans le Trégor, mais il est issu d’une famille du Cap Fréhel, en pays Gallo. Son père est réputé pour être un chnateur remarquable, mais ce qu’il chante dans les noces vient plutôt de la radio (…). Jean-Michel entre au cercle celtique de fréhel, un des plus anciens de Bretagne. D’abord danseur, il se met à la bombarde. Une révélation : le son de la flûte traversière. Un pion passionné de musique ancienne lui déniche un instrument ancien de marque Holtzapffel, une flûte à une clé, tardive, de 1820. Plus bas que le diapason actuel, il a des problèmes pour jouer avec les autres, mais travaille en autodidacte. Il récupère ensuite une flûte sans clé faite en ilande par un Australien (Bruce Du Vé. Les cinq à huit clés apportent chacune de nouveaux problèmes et de nouvelles joies. Dans cette période où Jean-Michel progresse, les facteurs sont encore rares. Il joue dans Galorn (1979-1982).
Bois de tous feux
Né en 1981, Kornog est dominé par le son des guitares et bozoukis,
auquel s’ajoute l’unisson violon-flûte. En fonction des airs
retenus ou des flûtes elles-mêmes (avec leurs possibilités
et leurs limites), Jean-Michel invente un doigté peu orthodoxe, avec
des fourches. Un terrain si peu défriché est un grand espace de
liberté mais pose aussi des questions. Les flûtistes en Bretagne
sont alors rares (Alan Kloatr et Patrick Molard jouent plus souvent de la cornemuse).
De façon paradoxale, dès le début, Jean-Michel est amené
à animer de nombreux stages auprès de dizaines d’amateurs
tentés par l’instrument et ses sonorités. Au départ
purement irlandais, le répertoire s’enrichit d’airs bretons
de sonneurs et surtout de chanteurs. Son style puise en ces influences, s’en
imprègne, en plus du modèle basé sur le jeu des «
pipes ». Dans le groupe (qui tourne beaucoup à l’étranger),
les solos de plus en plus nombreux obligent à développer les mélodies
et à imaginer des variations. Fin de Kornog en 1987.
Barzaz (1987-1995) l’associe à Gilles Le Bigot, au chanteur Jean-François
Quémener, puis à Alain Genty à la basse et David «
Hopi » Hopkins aux percus. Citons aussi Den (1989-1992),avec des compositions
de Jacky Molard (d’abord au disque, puis à la scène) ; An
Tourtan (“Le phare”, vers 1990) dans la mouvance trad’musette
& co ; La Celtic procession de jacques pellen (depuis 1994) ; Flûtes
de Traverses, créé au CNAT Reims en 1997 (harpe, flûte classique,
jazz et trad’, guitare classique et folk, contrebasse, batterie), sur
des compositions modales, plutôt contemporaines de Kristen Nogues (une
création, pas une fusion au sens habituel) ; débuts de l’Héritage
des celtes.
La scène n’exclut pas le jeu pour la danse (premier plaisir, toujours
vivvant), depuis 1982/1985, avec des membres de Kornog et de Gwerz : Pennoù
Skoulm anime les festoù noz. Fait pour le bal, avec un gros répertoire,
le groupe tourne beaucoup mais, atelier de création permanente même
sur scène, laisse à chacun une grande liberté ! En 1993,
Jean-Michel crée un duo avec un guitariste du Trégor (…)
Yvon Riou. Retour au calme, intimiste, et bilan des expériences. Ce groupe
réduit se produit dans des festivals où jouent aussi des “classiques”,
comme à la Convention de la flûte à Saint-Maur (1997). Ces
musiciens devant lesquels il est intimidé, s’inscrivent néanmoins
à ses stages, étonnés des questions et des solutions apportées
par ce curieux Breton qui ne lit ni n’écrit la musique (à
propos de phrasés baroques, d’ornements, d’attitude face
à la musique). Un partage enrichissant.
La fièvre
du jeu
Dans un domaine sna sprécédents, sans s’arrêter aux
jeux de bombarde, de vielle à roue, de clarinette, il faut se forger
des références originales. Depuis toujours, Jean-Michel est un
auteur avide de France Musique, France Culture et des musiques du monde, notamment
les flûtes : ney, shakuhachi et surtout flûte bansuri de l’Inde
du nord, à la suite d’un coup de foudre pour Chaurasia. Vers 1994,
une flûtiste parisienne lui dit : « Pourquoi ne pas organiser
un stage en Bretagne avec un flûtiste indien ? » Il tente le
coup (…). Une réussite et une nouvelle révélation.
Le flûtiste de delhi, de passage en France, Harsh Wardhan, est revenu
plusieurs fois depuis. Tolérant et attentif, il révèle
une manière de souffler, une sérénité certaine.
« J’apprends à souffler moins fort…Mais c’est
surtout mon jardin secret… »
Au sein de nombreux
groupes
Aujourd’hui, Jean-Michel Veillon joue toujours (vous l’aurez compris)
dans de nombreux groupes : Den, Alain Genty Groupe (depuis 1996), Pennoù
Skoulm de temps en temps, Celtic Procession, en Duo avec Yvon Riou (un disque
live en Irlande l’an passé, ils jouent beaucoup là-bas),
et même u retour de Kornog. Un important agent, Freeman, gardait la nostalgie
du groupe et attendait qu’il se reforme. En 1999, les musiciens se laissent
tenter par une tournée américaine de cinq semaines, de mi-octobre
à fin-novembre. Le disque, déjà paru aux Etats-Unis, sort
en France ce mois-ci. Ce sera l’occasion de retrouver l’ensemble
mythique sur scène pour une série de concerts en Bretagne. Jean-Michel
se produit aussi en solo et, ce qui pourrait bien constituer une direction pour
un prochain disque : un duo flûte/chant (avec Laurent Jouin) accompagné
par Alain Genty, Dominique molard et “Hopi”.
Les flûtes dont Jean-Michel Veillon joue habituellement sont de plusieurs
sortes, toutes en bois. La plupart sont réalisées par Gilles Léhart,
un facteur breton du trégor. Certaines sont en si bémol (équivalentes
à l’alto) avec un nombre variable de clés (jusqu’à
six). Deux sont en fa, à trois ou quatre clés, dont une ne buis
avec une gamme non tempérée du pays Vannetais. Il joue aussi de
deux flûtes “standard” (dites “concert flutes”)
du luthier anglais Chris Wilkes.
La flûte s’est imposée dans les musiques bretonnes et personne
ne songerait à la remettre en cause. Les flûtes de bois s’enracinent
peut-être plus facilement que les autres.